Carnets de Saint Val (volume 1) / extrait #2

Titre de la nouvelle : Opération Montorgueil (extrait)

  • Je ne sais plus très bien qui a choisi ce nom pour l’opération. Mais je pense qu’il s’agit d’une référence au café-théâtre où il a été un des premiers fantaisistes et ensuite dont il est devenu un fervent défenseur.
  • Ça me dit aussi vaguement quelque chose, que j’lui confirme tout en surfant sur le Smartphone à la recherche d’informations.
  • Le service pour lequel je travaillais à l’époque avait un certain sens de l’humour, non ?
  • C’est bien ça, confirma Saint Val. Montorgueil, c’est un café-théâtre ! Euh, oui, de l’humour. Enfin, je ne sais pas.
  • Rien n’est plus pareil vous savez, m’annonça la vieille barbouze.  
  • On continue toutefois à tuer ! Les Services, sur ordre, et au nom de causes qu’ils servent, assassinent encore en toute discrétion opposants et contestataires.
  • Des causes ? Vous voulez dire des intérêts !
  • C’est à peu près pareil ! 
  • Non ! s’offusqua l’ancien officier. Une cause s’inscrit dans la durée, un intérêt pas forcément ! Et nous, nous étions dans la durée, faits pour durer.
  • Alors, brossez-moi la Rosette ! que je lui dis, histoire de le challenger un peu.   

Aucun doute ! Il n’y avait absolument aucun doute pour que le spécialiste du maquillage funéraire qui se trouvait en face de moi fût un homme de conviction et l’avait, à coup sûr, toujours été. Peut-être que le cancer du pancréas avait rendu sa radicalité un peu moins ténue, peut-être. Mais au fur et à mesure qu’il m’expliquait les choses, plus il s’enfonçait dans ses souvenirs, plus il me donnait l’impression d’un regain, au sens agricole du terme. L’échine se redressait, j’étais sur la bonne voie. 

L’opération Montorgueil était loin d’être un baptême du feu pour lui, et le seul dernier sacrement qui y avait été donné fût un coup de volant. On avait frisé l’hécatombe, car au départ, les tueurs avaient prévu de faire un « strike » parmi la bande de motards. Par « chance », ils n’avaient « tapé » que la cible, heureusement d’ailleurs. Par deux fois, ils avaient été obligés d’abandonner n’étant pas certains de mettre la cible K au sol, de la coucher définitivement.

En mai, dans cette partie de l’arrière-pays cannois, sur les hauteurs d’Opio, l’homme porte son regard vers le sud, en contrebas.  Redressé et redevenu presque vaillant, Gabriel abaisse un peu la haie à l’aide de la main droite et se hausse sur la pointe des pieds.

  • On voit bien l’endroit d’ici.  Bien sûr, le paysage a changé.  L’arrivée du Club et tout le reste.  Ca a déformé un peu la perspective.
  • Vous y étiez ?
  • Qui ?  Moi ?  Bien sûr que non.  Je n’aurais pas fait une saloperie comme ça.
  • Pourtant, vous en avez fait d’autres, non ?
  • Foi de Gaby, oui ! Mais ce mec-là, j’aurais pas pu !
  • Les tueurs savaient de qui il s’agissait ?
  • Oui, depuis le début. Tu comprends, mon gars, ce n’était pas n’importe qui.  C’est comme si on allait buter, j’sais pas moi, Georges Marchais ou un truc comme ça. 
  • Oui.  Je vois. Normalement, les tueurs sont mis au parfum au tout dernier moment, parfois même après l’action.
  • Pas là.  Ils ont vécu ici, tu sais !  
  • Qui, les tueurs ? que je lui demande .
  • Oui, ceux qui ont fait ça.

FIN DE L’EXTRAIT

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